
Dans cette série d’articles, je vais parler de mon expérience personnelle. Je vais exposer comment je fabrique mon bonheur personnel avec du kéfir de vache.
Attention, ça va trop bien
Récemment, une collègue m’a demandé comment j’allais. Je lui ai répondu, moi-même étonnée : « ça va très bien ; trop bien, même » ! Nous avons passé le jour le plus court de l’année, et je n’ai pas connu la déprime depuis la fin de l’été. Selon moi, cela vient du fait que j’ai implémenté dans ma vie quotidienne des sources de bonheur. Les deux exemples que nous allons étudier réunissent l’alimentation, le corps et le paysage. Il s’agit de la préparation de mon propre kéfir de lait, ainsi que mon propre pain.
Dans ce premier article, je vais tenter de caractériser ce bonheur quotidien. Il s’agit tout d’abord d’un bonheur pur et honnête, car j’essaie de vivre ma vie sans mentir.
Un bonheur « pur », un « vrai » bonheur
L’illusion de la pureté repose sur une séparation binaire un peu naïve entre le bien et le mal, entre le normal et le pathologique. Il faut donc se méfier de la « pureté ». Néanmoins, je considère cet exemple du kéfir comme une forme de joie « pure », comme un « vrai » bonheur. Je pense pouvoir le qualifier ainsi pour différentes raisons exposées ci-dessous.
Tout d’abord, le bonheur à base de kéfir est un bonheur « pur » au sens moral. Comme nous allons le voir dans le processus de fabrication détaillé, il s’agit d’une joie « innocente », plutôt inoffensive, qui ne repose pas sur l’accumulation et qui laisse peu de traces. J’essaie de vivre ma vie de façon intègre. Le vrai bonheur est « honnête » : cette joie est « pure », car elle est personnelle. Mon désir de faire mon propre kéfir se distingue nettement des « envies » artificielles créées par la société de consommation.
Enfin, cette joie est « pure » au sens de « complète » ou « intégrale ». Le bonheur à base de kéfir est un bonheur non morcelé : l’ensemble est composé de choses inséparables. Cela commence par le trajet à pied pour aller acheter le lait : si j’y allais en bus, ce ne serait pas pareil. Pétrir ma pâte à pain dans un vieux saladier trouvé en brocante, assise en face de la fenêtre, c’est autre chose que d’attendre pendant qu’une machine (un robot à pétrir) fait le travail à ma place. Lorsque, au lieu de suivre une recette à la lettre, j’improvise en mettant dans la pâte des noix et des figues séchées, je fabrique mon propre bonheur ; un bonheur personnel.
Un bonheur composite porté par le paysage
Ce bonheur composite est indivisible, puisque chacun des morceaux contribue à l’ensemble. Un bonheur en contient donc d’autres. C’est une poupée matriochka ; un joli meuble dont on peut ouvrir les tiroirs où dorment de minuscules trésors.
Le fait de vivre à la campagne est l’élément matériel qui rend possible toutes les petites composantes de ce bonheur. C’en est la condition d’existence. Les pièces qui composent ce bonheur sont toutes tenues ensemble par un corps : le paysage.
L’amour du paysage est un amour pur. C’est un amour intime, sans paroles, qui ne se dit pas et qui ne se montre pas.