
Introduction
Comme nous l’avons exposé dans le précédent article introductif, tout entraînement est par définition fonctionnel. Il est essentiel de connaître précisément ses objectifs : ils détermineront les modalités de l’entraînement. L’entraînement ne doit pas être une fin en soi, car une pratique ne s’épuise pas en elle-même. L’adaptation fonctionnelle recherchée doit bénéficier aux autres domaines de la vie ; une pratique qui coule dans les autres sphères de l’existence reste ainsi au service de celui qui s’exerce. La première question est celle des buts. Elle est liée de près à celle des modalités, car du « pourquoi » découle le « comment ». Dans ce deuxième article, nous exposerons notre objectif général principal : la santé du corps et de l’esprit.
Objectifs généraux
La santé est le premier but que nous poursuivons lorsque nous nous entraînons. La santé est entendue comme un état qui se rapporte à un ensemble de visible et d’invisible, de matière (le corps) et de rêve (l’esprit). De même que la santé est une propriété du sujet, la maladie est un état causé par un déséquilibre quelconque. L’harmonie étant rompue, l’ensemble de l’organisme est malade. En échangeant avec autrui, on observe cette chose surprenante : chacun a sa propre définition de la santé. Cet état biologique qui caractérise tout être réellement vivant, puisque la santé est l’expression de la vie même, semble aujourd’hui réduit à un sentiment bien relatif.
Une définition objective minimale de la santé sur laquelle nous pouvons tout de même nous accorder serait la suivante : « la santé est l’absence de maladie ou de blessure ». Cette définition n’est pas satisfaisante, car elle est purement négative. En vérité, on ne doit pas s’entraîner par peur, c’est-à-dire pour éviter le risque d’une maladie future que l’on craindrait et dont on voudrait se prémunir, mais pour améliorer sa vie présente. La santé n’est pas quelque chose d’abstrait et d’éloigné : c’est une préoccupation de court, de moyen et de long terme. Il faut éviter l’état d’esprit « no pain, no gain ». Cette subordination sacrificielle se base sur le mensonge de la récompense différée : l’entraînement est pénible, mais on accepte d’en endurer maintenant la souffrance parce qu’on espère en retirer des bénéfices futurs.
La simplicité est la solution à bien des problèmes que, trop souvent, nous créons nous-mêmes. Pour l’entraînement, l’exercice au poids du corps et quelques kettlebells suffisent. Pour l’alimentation, le secret est de ne manger que des produits bruts et d’origine locale. Rester en santé n’est pas quelque chose de sophistiqué ; on se conserve en faisant ce qui est conforme à notre nature, en suivant ce qui est naturel. Malheureusement, nous vivons dans un monde construit contre tout ce qui est naturel et, ainsi, contre l’Homme lui-même. Il y a donc une part d’effort : dans un monde artificiel, il faut lutter pour fabriquer une vie ressemblant à une existence humaine digne de ce nom.
La santé du corps
Maintenir un corps en bonne santé est l’objectif principal de notre entraînement. L’esthétique est une préoccupation secondaire, mais ne constitue jamais un but direct. Le sentiment esthétique de « beauté » est un effet secondaire : elle découle de l’harmonie provenant d’un corps sain et en bonne santé. « The looks is a manifestation of the feels. »
En termes d’objectifs, la santé comme absence de douleur est le premier niveau que nous poursuivons. Il s’agit de s’entraîner pour éviter des souffrances physiques inutiles et des déformations contre-nature. Au-delà de cette première étape dite minimale ou corrective, il est possible d’utiliser l’entraînement de manière spécifique : cela devient une façon d’améliorer ses performances physiques en devenant plus résistant. L’entraînement devient alors plus précis, plus « raffiné ». Il s’agit de se transformer pour s’endurcir, c’est-à-dire pour faire de son corps, selon les attentes et les définitions, soit une machine de guerre indestructible, soit une bête de travail endurante apte à vivre de sa force de travail. L’athlétisme intégral comprend ainsi de nombreuses qualités qu’il s’agit de développer : la force, la souplesse, l’endurance, l’explosivité, le souffle, etc., chaque qualité ayant elle-même d’infinies subtilités et de nombreuses modalités d’entraînement.