Qu’est-ce que la culture physique ?

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La culture physique comme pratique

La culture physique est, tout comme la lecture ou l’écriture, une pratique. Développer une pratique signifie développer une habitude. Deux éléments sont primordiaux dans le développement d’une habitude. Premièrement, une habitude persiste dans la durée ; par définition, elle résiste au temps qui passe. C’est une constante qui demeure alors que d’autres variables se modifient. Deuxièmement, une habitude est quelque chose de personnel, de propre à l’individu. Ceci découle du premier élément : pour qu’une habitude persiste dans la durée, elle doit nécessairement être évolutive, c’est-à-dire prendre en compte le contexte et s’adapter aux circonstances (l’énergie du sujet, son âge, ses ressources disponibles, la saison, etc.). Évidemment, l’adhésion intérieure du sujet est nécessaire si ce dernier souhaite conserver une habitude de manière durable. Ces deux critères nous permettent de définir les pratiques : ce sont des habitudes personnelles évolutives qui persistent dans le temps.

Liés à l’expression « culture physique » sont les termes « entraînement » et « habitude ». Quelqu’un qui pratique la culture physique est quelqu’un qui s’entraîne. L’entraînement consiste à soumettre l’organisme à des exercices délibérément choisis, imposant ainsi au corps et à l’esprit une demande fonctionnelle qui vise à stimuler l’adaptation. Le but de l’entraînement est en effet la transformation de la matière visible et invisible qui constitue l’organisme humain. Toute forme d’entraînement est une pratique intentionnelle régulière ayant pour but l’adaptation fonctionnelle. Tout type d’entraînement peut donc être qualifié de « fonctionnel », indépendamment de ses modalités, à condition qu’il ait pour objectif de stimuler l’adaptation de l’organisme à des circonstances qu’on lui impose.

La culture physique en tant que pratique évolutive est par définition une discipline individuelle que chacun doit développer pour lui-même au fil du temps. L’entraînement est fascinant, car le corps humain est un organisme infiniment complexe que nous ne pourrons jamais connaître en entier. Cet organisme est extrêmement « résilient » : il a une grande capacité d’adaptation. Un pratiquant étend ainsi graduellement le domaine de ce qui est pour lui possible – peu importe qu’il s’agisse de courir plus longtemps, de nager plus vite, de perfectionner la technique d’un geste, de maîtriser son souffle, de connaître par cœur le roulis des hanches qui marchent. Il n’aura jamais « fini » de s’entraîner, de progresser et de renouveler sa pratique. Les adaptations fonctionnelles recherchées sont aussi nombreuses que les individus qui s’entraînent et que les phases de vie dans lesquelles ils se trouvent ; par conséquent, les modalités de l’entraînement varient selon les circonstances.

Dans cette série d’articles, j’expliquerai donc ma conception actuelle de l’entraînement. J’exposerai pour cela d’abord les buts que je poursuis et les moyens mis en place pour y parvenir. Cette forme d’entraînement m’est propre : elle dépend de mes « circonstances » : de mes objectifs spécifiques, du contexte dans lequel je me trouve, et certainement de plein d’autres choses inconscientes et inexplicables qui nous dépassent. Ma pratique est amenée à évoluer dans l’avenir, car je n’ai pas l’intention d’arrêter de m’entraîner ; néanmoins, je pense avoir identifié certains concepts clefs autour desquels je construis toute pratique. Je détaillerai donc dans un article le concept d’« hygiène physiologique », plus proche de la gymnastique de la Grèce antique que du bodybuilding moderne.

Nous explorerons les effets physiques et psychologiques d’une pratique physique régulière. Nous verrons que la discipline bien comprise est le reflet de l’amour de soi et qu’elle manifeste le respect que l’on accorde à sa propre personne ; nous comprendrons ainsi que la discipline est une structure qui nous fait tenir debout. L’un des buts de l’entraînement est de construire un corps qui nous rappelle qui on est ; de construire une structure qui nous aide à tenir debout.

Le principal est de comprendre que, peu importe le type d’activité, le mouvement est la vie même et que, même si cela peut sembler contre-intuitif, tout, dans la matière, est mouvement permanent. Notre but final, lorsque nous nous entraînons, est donc de développer une habitude personnelle durable, que l’on conserve toute la vie.