
Face aux « manquements du système », l’individu peut mener sa vie avec droiture.
Résoudre le problème
Ces deux derniers exemples – la tentation irrésistible d’abdiquer pour obéir à la structure d’un côté, la frustration et le sentiment de piège de l’autre – rendent manifeste le pouvoir des structures sur les individus. Celui qui se pose la question de l’action (qu’est-ce qui est à faire ? comment agir ?) a dépassé la stupéfaction et la paralysie. Il souhaite se sentir libre et non plus prisonnier des structures, c’est-à-dire avoir du pouvoir sur le réel. Il manifeste le désir de résoudre le problème.
Bien sûr, ce désir se traduit d’abord souvent par l’analyse. Mais résoudre un problème demeure agir dans le réel pour entraîner sa disparition. La résolution se remarque par un changement concret dans la matière du monde. On voyait son action contrainte dans un certain sens, on ne pouvait pas agir autrement. Désormais, la situation est différente : quelque chose a changé.
Il n’est malheureusement pas toujours possible de vaincre les structures dans la matière. On doit parfois se contenter de résoudre le problème du point de vue de l’esprit ; de sortir de l’emprise des structures dans sa tête, même si on doit encore, pour l’instant, agir en se conformant à elles. On doit donc se séparer. Cette division du moi en deux entre la façon dont on agit et ce qu’on pense en notre for intérieur est peut-être tout ce qu’il nous reste lorsque le contrôle de la machine nous échappe.
Que faire ? La seule chose possible : agir autrement, faire différemment, ici et maintenant. Dans le sillage de Günther Anders, il faut marteler que mon geste précis, ce geste isolé, importe – fût-ce t-il seulement pour sauver l’honneur ou sauver son âme. Il est l’écho de la conduite de ma vie individuelle. Il faut agir avec droiture du point de vue moral, faire ce qui est bon et bien : c’est une obligation que nous impose notre condition d’Homme. Qui sait, cela pourrait même finir par faire changer ces fichues structures. Peut-être un jour aurons-nous enfin leur peau…
Le rôle de l’individu en situation « schizoïde »
L’institution ou la structure est déchirée en deux, parce qu’elle réunit en elle des tendances contradictoires et incompatibles. Du jeu des circonstances émerge un certain contexte pouvant être qualifié de « schizoïde ». La situation schizoïde de l’environnement dans lequel l’individu évolue peut entraîner en lui l’apparition de comportements de nature schizoïde. De tels comportements se manifestent dans une situation donnée ; ils sont déclenchés par le contexte. La pathologie est donc initiée par la structure qui induit, volontairement ou non, un certain type de comportement.
La responsabilité de l’individu est de briser le cycle schizoïde lorsque celui-ci se présente. Pour cela, il doit trouver une façon de « faire autrement ». L’action juste est nécessairement dictée par le contexte. Unique et non réplicable, émergeant du cercle schizoïde lui-même, elle a le pouvoir d’y mettre un terme.
En effet, l’influence entre les structures et les individus est réciproque. Les structures qui induisent certains comportements en cadrant les individus sont en retour dépendantes de l’obéissance de ces derniers pour se maintenir dans le temps. Le maintien de la structure est conditionné par son renouvellement permanent par les individus qui agissent en elle ou à partir d’elle. Les actions quotidiennes individuelles perpétuent les structures ou, au contraire, les grignotent et les fragilisent ; ce mécanisme est valable pour tout type de structure.