L’individu et les structures. Première partie

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Que peut faire l’individu face aux « manquements du système » ?

Introduction

Cet article réunit des morceaux de pensées appartenant à la même idée. Ces différents segments vont ensemble. Une fois rassemblés, les membres forment un corps. Je marche ; en chemin, la réflexion se déroule. L’idée s’étend et le texte prend forme.

L’élément déclencheur est un bref échange banal avec autrui à propos des « manquements du système ». Un commentaire factuel de mon interlocuteur a synthétisé une masse d’affects et d’idées. Résumant des pensées emmêlées, sa parole a tiré sur le bout du fil de mes nerfs en pelote. Voilà un exemple de l’effet thérapeutique de la parole lorsqu’elle est partagée avec autrui.

Poser le problème

Que peut faire l’individu face aux « manquements du système » ? La réponse est d’une simplicité désarmante : l’individu minuscule peut mener sa vie avec droiture. Il doit agir de manière juste, qui n’est souvent pas la façon par défaut de faire les choses. Il s’agit de « faire autrement », ici et maintenant ; d’agir différemment quand il le faut, c’est-à-dire lorsque les circonstances l’exigent.

C’est tout, et c’est déjà beaucoup. En l’écrivant, cela semble tellement simple et sans douleur. Qui ne s’est jamais senti désemparé, ayant pris conscience des dynamiques autonomes qui dirigent des structures humaines devenues hors de contrôle et se voyant lui-même de l’extérieur ? Notre échange se basait sur un ressenti commun : la conscience du pouvoir que les structures exercent sur nos actions et, par là, sur nos vies.

Le pouvoir des structures

Tout pouvoir est à la fois positif et négatif. Il borne et délimite : il définit les actions possibles. En posant le cadre, la structure décide de ce qui est autorisé et de ce qui ne l’est pas. Les structures guident nos comportements : en rendant certaines actions plus faciles que d’autres, elles nous conduisent à agir dans un certain sens.

Le pouvoir positif des structures se ressent particulièrement lorsqu’on est vulnérable, en situation d’épuisement physique ou nerveux. On éprouve la tentation irrésistible de se plonger dans la douce torpeur de la structure. On a envie d’abandonner sa volonté propre et de l’offrir au grand mouvement de la machine. Le système marche : je lui ai prêté mes jambes !

Cependant, le plus souvent, on fait l’expérience du caractère restrictif des structures. En posant le cadre, c’est-à-dire en excluant certains possibles, la structure discipline. Je fais l’expérience désagréable de ma propre petitesse ; elle découle de mon impuissance en tant qu’individu face aux grandes structures. Elles semblent écraser la personne : en lui imposant des règles, elles décident de sa conduite.

En examinant la situation, on remarque que les structures semblent être des systèmes à part entière : des entités hors du contrôle des individus, qui obéissent à leurs propres lois ou des boucles fermées dans lesquelles il est impossible d’intervenir. Ces remarques s’appliquent à des structures de taille différentes : une cellule familiale, un parti politique, une école, une université, un État. Également concernés sont des systèmes d’étendue plus importante : un système politique, le système social et de production capitaliste.