Notes sur le bonheur – introduction

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Différer son bonheur

Parmi les mensonges de l’époque, on trouve ce pari risqué : remettre son bonheur à plus tard. Trop souvent, nous différons notre bonheur : nous sacrifions le présent pour un hypothétique futur. Or, nous savons bien que la vie est trop courte pour cela. Cette hypothèque sur l’avenir, nous n’y croyons pas nous-même. Nous « acceptons » une souffrance présente ; au fond de nous, nous savons qu’elle est absurde. Nous l’acceptons pourtant volontairement, en disant que le futur nous apportera le bonheur.

Il ne s’agit pas d’une acceptation passive extorquée par la contrainte, mais d’un choix actif. Accepter est une décision volontaire. Ne pas décider pour soi-même, c’est choisir que les autres choisissent à notre place. On n’accepte pas passivement cette souffrance présente qu’on juge absurde : on l’occasionne. On la provoque ou on la soutient par nos actions. Nous décidons bien de sacrifier notre bonheur en le différant.

Cette hypothèque sur le futur est un pari risqué, puisque nul ne peut savoir de quoi demain sera fait. Par conséquent, à chaque fois que nous nous défaisons ainsi de notre responsabilité, nous justifions notre action en nous racontons des histoires. Les mensonges retournent la réalité et la rendent acceptable en la transformant en un rêve.

C’est presque un pêché que d’ainsi mutiler le présent. En ne lui donnant pas toute l’attention qu’il mérite, nous le meurtrissons. C’est un geste lâche de refuser cette tâche qui est la nôtre – celle de tout vivant – : pétrir la pâte du jour. La vie exige de nous quelque chose. Refuser de servir la vie, c’est faire preuve de lâcheté. C’est bien de cela qu’il s’agit. Accepter une souffrance présente qu’on considère absurde tout en espérant un hypothétique bonheur futur revient à ne pas honorer le présent, à ne pas lui donner le soin qu’il mérite. Se comporter comme si c’était égal équivaut à ne pas se soucier de la vie. On espère passer entre les gouttes de l’existence en marchant plus vite que les autres.

Les malheureux que nous sommes s’agitent sans repos. Ils ont soif de bonheur et de beauté. Où donc trouver la paix ? Voici quelques pistes.