« Je cherche un Homme » – première partie : la quête de la philosophie

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De la dynamite

La philosophie est une enquête. La pensée est un processus déclenché par la curiosité ou par l’étonnement ; est « philosophe » celui qui cherche des réponses aux questions qu’il se pose. Le résultat de cette recherche est souvent décevant, car on trouve rarement des réponses bien solides.

En effet, la philosophie n’est pas une doctrine : elle n’a pas besoin de vous convaincre. Elle ne fait pas le poids face à toutes ces évidences qui semblent aller de soi ; celles qu’on ingurgite avec le biberon et qu’on risque, faute d’examen critique, de garder toute sa vie.

La philosophie est comme l’existence même : déroutante, désarçonnante. La philosophie est comparable à de la dynamite : elle détruit tout. Le vent souffle à travers vos certitudes qui s’écroulent. Au début, ce n’est pas très agréable : il n’y a plus grand chose de solide sur lequel s’appuyer.

Avec le temps, on comprend que c’est normal, que ça fait partie de la discipline : la philosophie est par nature hostile aux dogmes et aux idéologies. La pensée ressemble à la tapisserie de Pénélope, écrit Hannah Arendt dans The Life of the Mind : on tisse le jour, la nuit défait notre ouvrage et on recommence le lendemain. Pour qui est engagé sur le chemin de la connaissance, la pensée est un processus jamais achevé et toujours en cours – tant qu’on est en vie.

La quête de la philosophie

« Qu’est-ce que l’Homme ? ». Cette interrogation globale me semble résumer la quête générale de la philosophie.

Il en découle une infinité d’autres questions. Que signifie « être vivant » ? Qu’est-ce que l’existence ? Qu’est-ce que la vie humaine ? Que fait-on de son temps sur Terre ? Qu’est-ce que l’individu ? Qu’est-ce qu’autrui ? Qui suis-je ?

Toute recherche philosophique doit être orientée dans ce sens : savoir ce qu’est l’Homme. Cette connaissance est profondément tournée vers l’extérieur : la recherche est une fenêtre – de l’air, il faut aller dehors ! Penser l’Homme sur le modèle de l’atome ou de la monade et l’isoler dans un vacuum artificiel serait faire fausse route ; nous sommes trop vivants pour être réduits à un modèle théorique inerte.

Juste un petit point – le début d’un carré

Par commodité, nous utilisons un terme générique. « L’Homme », ce noyau abstrait, est à la fois point de départ et point d’arrivée de notre enquête ; un but jamais atteint, un point dans l’horizon vers lequel on continue de marcher.

L’individu n’est jamais isolé. C’est un animal qui naît d’un autre animal ; il a une histoire, il marche dans des traces et est toujours le légataire de quelque chose. Il agit dans une société, avec ou contre ses semblables. On ne peut pas parler de l’Homme « en soi » en ignorant le réseau de ses interactions avec autrui.

Le mécanisme est similaire. De la même façon que d’une question générale découlent de nombreuses questions particulières, il s’agit de partir d’un petit point, d’observer ce qu’il y a autour et d’examiner ce qui le lie à d’autres points.

Ich bin ja nur ein kleiner Punkt
nicht größer als der schwarze
der dort auf dem Papiere prunkt
als Anfang zum Quadrate.

Hannah Arendt – Ich selbst, auch ich tanze