Olga, c’est moi – introduction

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Difficile de décrire avec précision un sentiment. On aimerait capturer l’affect en un seul mot et dire fièrement, la proie entre les dents : « voilà, c’est ça » – mais saisir une impression, quelque chose de vaporeux, c’est peine perdue.

Sans donc pouvoir le nommer, je repense au vague souvenir qu’avait laissé dans mon esprit, il y a cinq ans, la très belle nouvelle Zacharie l’escarcelle écrite en 1966 par l’auteur russe Alexandre Soljenitsyne.

Depuis cette lecture, l’adolescence est passée et de l’eau a coulé sous les ponts. J’ai entendu le vent dans les roseaux, accompagné par le soleil des étés hallucinés et l’odeur des grands lacs du Brandebourg, dans l’est de l’Allemagne, à la frontière polonaise.

Zacharie l’escarcelle est le récit d’une promenade à vélo. Ce court texte a été pour moi une hétérotopie : un autre lieu, un ailleurs. Il a laissé une trace dans mon imagination. En ouvrant une piste, il a guidé mes pas bien réels ; en silence, dans le silence du texte.

La parole poétique a un statut ambigu. D’un côté, ce ne sont que des mots qui racontent une histoire inventée. Du vent, un flux, de l’eau qui coule : rien de bien solide. De l’autre, le texte imprimé dans sa forme matérielle, le livre, n’est rien de moins que le support du rêve. Le texte soutient le processus onirique et lui permet de prendre consistance. Le livre est un lieu physique sur lequel s’appuient les utopies de l’imaginaire ; voilà pourquoi la lecture est vitale.

De ce réceptacle dépendent deux processus jumeaux ; le texte est un don, un pari, un cadeau qui relie deux solitudes. L’écriture, cet acte d’invention par lequel on triomphe du réel en l’habillant différemment, n’est rien sans la lecture, qui lui répond et la complète.

Je souhaite présenter sur ce blog, avec toute l’humilité des premiers essais poétiques, une hétérotopie tirée de mon esprit. Avec les dix chapitres d’Olga, c’est moi, j’espère donner du courage pour vivre. Souvenons-nous de ce qui compte et de ce qui est beau, car il faut croire en quelque chose pour être sauvé. Du mußt dein Leben ändern, écrit Rilke, et il n’a pas tort.

Nous, les humains, sommes faits des histoires qu’on se raconte : un mélange de bois solide et d’eau qui coule. Sur ce blog, je pose mes pensées pour qu’elles et moi, nous prenions consistance.