Je rencontre Léo Faber dans son atelier à Metz, situé entre la porte des Allemands et l’église Saint-Eucaire. Né à Verny, un village de Moselle, le peintre aujourd’hui âgé de 31 ans a commencé ses études d’art à Nancy. Il s’intéressait alors à la culture urbaine, aux images graphiques et à la sérigraphie. Il évolue durant ses séjours à Bruxelles et à Madrid, changeant de médium pour se consacrer à la peinture. De grandes toiles colorées faites de généreux coups de pinceau : son style se rapproche alors de l’abstraction. Son retour en Moselle après ces années passées à l’étranger initie un cycle de travail sur les vaches et le paysage.
PÉRIODE VACHE
« Après quatre années de vie à Madrid, Léo Faber redécouvre sa région natale sous un autre œil lors de son retour suite à la crise sanitaire. Il décide de mettre la peinture « abstraite » de côté pour se consacrer uniquement à la peinture de vache. Depuis 2021, l’artiste sillonne la région Grand-Est avec sa Twingo verte grenouille pour capturer en croquis ou en photo des vaches qu’il retravaille ensuite dans son atelier à Metz. Loin de la période vache de Magritte, criarde et débordante de couleurs vives, Léo Faber s’inspire plutôt des grands maitres hollandais ou encore de l’école de Barbizon dans les couleurs et la composition et revient à une palette plus naturelle avec des jaunes ocres, terres d’ombre, terre de sienne, vert oxyde de chrome sans abandonner son approche et sa touche plus franche que peut avoir celle d’un peintre abstrait. »
La première vache : un exercice de style

Le cycle vaches a commencé comme un exercice de style avec cette peinture de 2020 aux airs de nature morte. Léo Faber voulait faire une étude anatomique sur modèle vivant : son intention première était de comprendre comment l’animal est bâti, de saisir la charpente de son corps à force d’en examiner l’ossature. Aujourd’hui, son travail autour de la vache comprend une vingtaine de tableaux à l’acrylique de tous formats, du petit carré à la mosaïque de six toiles.
Méthode de travail
Admirateur des peintres de l’école de Barbizon, Léo s’inspire de la tradition de la peinture en plein air. On peut diviser son travail en deux étapes : croquis et composition.
Arrêté sur le bord des routes de campagne, il dessine des croquis sur le vif. Ces esquisses tentent de saisir une impression subite, de retranscrire le sentiment fugace d’un certain paysage. Les croquis de vaches seules dans telle position ou en groupe dans telle configuration constituent sa matière première ; ils sont à la base du travail de composition en atelier. En imaginant un groupe de vaches à partir de figures individuelles ou en transposant un ensemble dans un paysage, le peintre compose son tableau.
Des vaches anonymes
C’est pendant ses marches rimbaldiennes à Verny que Léo Faber a pour la première fois considéré la vache comme un sujet potentiel. Holstein, Salers, Normande : sa peinture l’a amené à se renseigner sur les différentes races, en rencontrant par exemple des éleveurs à Rémilly pour des croquis en étable.
S’il admire la grande précision des portraits animaliers de Rosa Bonheur – l’humanité des visages animaux, que l’on perçoit aussi bien dans le regard d’une vache que dans la truffe d’un chien, est émouvante –, ses vaches à lui sont anonymes. Elles n’ont pas d’individualité et c’est en vain qu’on cherche à croiser leur regard. Léo Faber ne fait pas de portraits d’animaux : il peint le paysage d’ici, dont les vaches font partie.
Retour au paysage
Nous arrivons ainsi à la question du sujet. Quel est le statut de la vache ? Est-elle le personnage principal au premier plan des tableaux, ou bien un simple élément d’un ensemble plus grand, le paysage ? Il y a les vaches, certes, mais il ne faut pas oublier les arbres, les champs, le ciel et les églises. Léo Faber ne fait-il pas plutôt le portrait de la campagne lorraine ?
Le point de départ était l’exercice de style. La vache était appréhendée en elle-même et comme modèle vivant. Aujourd’hui, Léo Faber se concentre sur le travail de composition et sur la finesse d’exécution. Les vaches deviennent un élément du paysage – un élément de l’ensemble. La vitalité de l’ensemble de la toile est importante : il faut développer la structure et la géométrie, faire attention à l’équilibre et au mouvement juste des nuages.
La première vache de 2020 porte les couleurs d’ici, celles du paysage lorrain : la palette du peintre est faite de gris, de vert, de blanc et de brun. Il y a une certaine mélancolie dans les paysages de Moselle, comme un spleen lorrain qui nous saisit quand on regarde par la fenêtre du train. Léo dessine à Sillegny, à Rémilly, à Ancerville ou à Puzieux. Il aime marcher et être dehors. Quand on s’en imprègne suffisamment, peut-être le paysage infuse-t-il en nous…
