La sagesse du silence

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Depuis plusieurs années, j’accorde beaucoup de valeur au silence ; je pense que le silence est sagesse. Je considère la vérité comme silencieuse – et pas seulement parce que les mots seraient impuissants à l’exprimer. Je considère que la vérité et la paix se trouvent dans le silence et le vide.

Pourtant, alors que je suis debout dans le jardin et que, toute occupée par ma matinée de bricolage, je ponce mon tabouret, je remarque le paradoxe suivant. Je suis en paix : plongée dans mon activité, j’ai disparu dans le mouvement, je suis absorbée par la tâche (la preuve, mes pensées bruyantes ont disparu)… Et pourtant, je fais du bruit.

Si je m’arrête un instant de poncer mon tabouret, ce n’est pas le silence qui m’entoure : les quelques gouttes de pluie qui tombent n’empêchent pas les oiseaux de pousser des cris joyeux. Je suis accompagnée par leurs chants sans paroles et dont le sens m’échappe.

Lorsque je marche, la situation est similaire : tout l’être est absorbé par le processus et s’y dissout momentanément. Pas de mots, pas de pensées, pas de discours. Mais il y a du bruit : mon corps produit du son au contact de ce qui l’entoure. Mon souffle converse avec mes pas sur le sol.

Ce n’est donc pas dans le silence absolu que je me sens bien ; ce ne sont ni le bruit, ni le son qui me dérangent (la preuve, j’aime la musique et le chant des oiseaux). Le problème, c’est le logos, c’est l’hémisphère gauche du cerveau. Ildit et détruit, comme la main qui prend et écrase, comme celui qui se sert et s’en repart. Le discours rationnel gâche la beauté des choses en la disant ; il la dévoile, il la consomme. Vous couvrez la vérité de tous vos mots… or la vérité nue est silencieuse.

Le problème ne se trouve donc pas dans le bruit, mais dans la parole. (Ne dit-on pas d’ailleurs de l’amour qu’il se passe de mots ?)

La beauté, la paix, la vérité et la sagesse dépassent à la fois les mots et le silence. Quand le chat se couche sur mes genoux et s’abandonne à la plénitude du ronronnement, il me rappelle que la vérité restera toujours le secret des animaux. Les humains font trop de bruit ; avec leurs lourdes semelles, ils couvrent le chant du monde.

La vérité appartient à l’animal, car elle est de l’ordre de l’instinct. Le chat sait ; dans son sommeil sans mots et depuis la plénitude de son être, cet horizon lointain qui me restera inaccessible, il me parle. Il sait des vérités que je n’effleurerai jamais. Il exige de moi un peu de silence et d’humilité. La vérité est animale et se trouve dans la contemplation de la nature.